Ofra Haza

Biographie

Ses 4 derniers albums:

Du Moyen Orient à L’Europe...


Née le 19 novembre 1957 dans les quartiers modestes de Hatikva, à Tel Aviv, Ofra est la neuvième enfant de la famille, la cadette aussi. Ses parents d'origine Yéménite, comme beaucoup à l'époque, forcés de fuir leur pays, effectuèrent la longue traversée du désert vers Israël (fin des années 1920), ce qui inspira une chanson à Ofra ("Fatamorgana"). Ofra, c'est le conte de fée qui en fait aujourd'hui une légende locale. A 12 ans, elle rejoint la troupe théatrale de Hatikva:

"Pendant un an, j'ai regardé les autres travailler. J'étais la plus jeune de la troupe".


Avec les encouragements du fondateur de la troupe, Bezalel Aloni, qui sera son manager quelques années plus tard, elle prend des rôles de plus en plus importants contribuant favorablement, par sa voix exceptionnelle, au succès des albums produits par cette troupe.

"On partait souvent en tournée, et dans le bus qui nous menait d'une ville à l'autre, je révisais mes leçons pour l'école".


Forte de son travail et de son expérience, force est de constater qu'à ses 19 ans, sa carrière solo était lancée.Une fois son service militaire de deux ans effectué, elle confirme sa carrière solo en devenant l'une des artistes les plus populaires d'Israël, sa notoriété dépassant déjà les frontières jusqu'aux pays arabes frontaliers. En 1983, avec sa chanson "Chai", elle finit seconde à l'Eurovision. Durant cette période, tous ses albums sont certifiés disque d'or et de platine. Inspirée des mélodies d'antan chantées par sa mère, Ofra tente en 1985 d'allier ces chants sacrés à des instruments à vent et à corde (les chants religieux n'acceptant que les percussions):

"Je voulais faire ce cadeau à mes parents qui m'ont donné l'amour de la musique".


Ainsi elle s'entoure de musiciens traditionnels qui tapent sur des boîtes de conserve, des plateaux de cuivre et ces nouveaux instruments. Alors que nul n'aurait imaginé, ni même rendu concevable l'idée d'allier textes sacrés et de tels intrusments, Ofra le fait, et "c'est le fils de mon producteur, en entendant les maquettes de Im Nin'alu, qui a eu l'idée d'y ajouter des arrangements funky. Et c'est finalement une bonne façon, pas calculée, de faire apprécier cette musique ancestrale aux jeunes du monde entier". Ainsi, Ofra approuve et avec Bezalel, fusionnent ces trois sons: chants sacrés, percussions, sons funky. Ces textes, écrits au XVIIe par le rabbi Shalom Shabazi lancent sa carrière internationale, en Angleterre en premier lieu.


C'est en découvrant par surprise un samplé de sa chanson" Im Nin Alu" dans le tube du moment Pump up the Volume que le monde découvre Ofra, et Ofra, surprise, se retrouve sur les scènes étrangères. Son premier album international sort, Yemenite Songs et c'est un carton. On la voit sur les plateaux télé d'Angleterre, de France, d'Allemagne entre autre, et son single " Im Nin Alu" reste neuf semaines en première position dans le hit parade allemand, et deux dans le hit européen. Elle apparaît ensuite dans le remix "Paid in Full" de la BOF Colors.


Ofra se concentre pour le moment sur sa carrière internationale, déménageant à Los Angeles, sans jamais oublier sa terre natale où elle se rend régulièrement pour des visites et des concerts. Lors d'une de ses visites, elle survit à un crash d'avion sur la frontière israelo-jordanienne, le 3 février 1987. Ofra considère ce jour comme une seconde naissance (et encore une fois en 1994 Ofra échappe au pire, à l'atterrissage forcé d'un Boeing d'El-Al frappé par la foudre sur le trajet Londres-Tel-Aviv.) Son second album international, Shaday, confirme sa carrière internationale, et lui ouvre les portes des Etats-Unis, du Canada et du Japon où ses récompenses s'accumulent, dont l'Award de l'album de l'année à New York en 1989. Cette même année sort aussi Desert Wind, au moment de sa première tournée américaine, depuis sa carrière solo.


Puis le monde entier...

 

Son visage de femme si douce, ses habits traditionnels colorés, sa combinaison unique des mélodies anciennes sur les sons modernes sans jamais les appauvrir et ses ballades orientales occidentalisées, tous ces éléments ont fait sa réputation internationale.


C'est donc sans surprise que son 3e album international, Kirya remporte une fois de plus un Grammy pour meilleurs album "World". Aussi surprenant qu'exaltant, l'Occident le trouve très oriental à son oreille, et pourtant, on y trouve la complicite de Iggy Pop et Lou Reed. La même année elle enregistre le single "Temple of Love" avec le groupe anglais The Sisters of Mercy, qui portera le joli nom de "Temple of love, Touched by the hand of Ofra".


Etrangement, en pleine popularité internationale, Ofra marque une pause dans sa carrière internationale pour se concentrer de nouveau sur sa carrière en Israël. Et c'est avec son album Kol Haneshama en 1994 qu'elle signe un retour fulgurant dans son pays, retournant à un style plus traditionnel et plus classique, avec aussi de douces ballades. Ceci mettra fin aux mauvaises langues en Israël qui disaient que Ofra refoulait ses racines. Qui plus est, c'est d'ailleurs son album israélien le plus connu à l'étranger.A la demande de l'ancien Premier Ministre Yitzhak Rabin, Ofra chante à la cérémonie du Prix Nobel de la Paix à Oslo en décembre 1994. Elle interprète "Paint Box". Une apparition parmi tant d'autres dans son agenda très chargé. Le succès de Kol Hanesham arrive en force quand elle chante lors de la cérémonie qui rend hommage à Yitzhak Rabin, quelques jours après son assassinat.


Plus les années passent, plus on peut sentir dans les chansons d'Ofra, une volonté d'émancipation des femmes (ce thème est flagrant dans la chanson "Daw Da Hiya" avec Iggy Pop où elle parle de cette femme du passé dont l'histoire ne devrait jamais se renouveler), comme l'est le thème de la Paix au Moyen Orient. Ce n'est donc pas une surprise si dès les années 80 sa musique avait atteint les régions arabiques environnantes à Israël. Ofra chantait dans les pays arabes, en arabe et en hébreu, sans jamais appauvrir sa culture ni dénigrer celle des autres.



Son retour sur la scène internationale surgit en 1997 avec son album "Ofra Haza" sur un nouveau label: BMG Ariola. Une forte complicité avec Frank Peterson. Ses thèmes restent toujours aussi diversifiés, mais fidèles à ses racines orientales. Racines que l'on retrouve dans la BOF La Reine Margot avec Isabelle Adjani. Tout naturellement, c'est à elle que Dream Works, à la demande de Hans Zimmer, fait appel pour prêter sa voix à la mère de Moïse dans l'animation Le Prince d'Egypte. Un vrai challenge car elle chantera la version de "Délivre-nous" en 17 langues, confirmant toujours sa volonté de s'investir dans ses projets et sa passion pour la musique.


Une passion remarquable dans la BOF The Governess en 1998 où sa voix suave et envoûtante se décline tout le long du film.Les deux années qui suivent sont chargées de projets, tels que Babylon une chanson que Bezalel et elle ont travaillé à partir d'un minimum de maquette, racontant une histoire de la bible. Un travail en projet avec le groupe anglais The Black Dog (c'est là, hélas, sa dernière collaboration).


La dernière surprise surviendra lors de la sortie de Virgin Voices vol2, un hommâge de différents artistes à Madonna. Ofra y interpète "Open your Heart" dans une version totalement nouvelle, travaillée en Allemagne avec une pointure du genre. C'est le matériel le plus récent, de son vivant, publié. Mais Ofra ne se contentait pas de simple invitations car il lui restait encore beaucoup de chemins à faire.


En 1999, Ofra commençait à travailler sur un nouvel album sans la complicité de Bezalel. Chose très étrange, car un an plus tôt, Ofra avait coupé les ponts avec Bezalel, non de manière définitive, mais sur le point de vue technique, pour s'essayer à de nouveaux styles (à ce sujet, nous ne sommes pas en mesure de vous dire si ce choix venait entièrement d'Ofra ou bien si elle était influencée par son époux). D'ailleurs elle devait enregistrer ce disque à l'étranger. Hélas, les premières douleurs de son mal ont commencé à surgir. Je n'ai pas d'information qui me permettent de savoir où en était le projet ni ce qu'il est devenu maintenant mais sachez qu'une surprise française était prévue au programme. En effet, Ofra comptait bien prendre le temps d'aller en France, où elle n'avait plus chantée en français depuis 1987: "Emmène-moi".


Ofra s'est mariée en 1997 à Doron Ashkenazi. Le conte de fée allait prendre une mauvaise tournure. Ainsi, remplie de projets, de désirs, d'une amitié toujours aussi forte pour son manager, Ofra nous quitte le 23 février 2000. A seulement 42 ans, la petite princesse des quartiers pauvres qui représentait tout un peuple à l'étranger, la petite princesse qui se battait pour la paix dans ses chansons, qui était un exemple de réussite parfaite; cette même petite princesse n'aura jamais connu la joie de la maternité, ni celle de vieillir en voyant grandir ses enfants... C'est avec une profonde tristesse, comme des millions de personnes, que j'ai appris cette nouvelle.


Ofra continue d'exister dans nos coeurs à jamais, sa musique est intemporelle et elle porte en elle l'amour. Sachons la promouvoir et ouvrir le coeur de nos voisins...


Je souhaite à Bezalel Aloni, son plus fidèle manager qui l'a toujours respectée et à sa famille, la force de continuer à croire en l'amour, et le désir de construire de nouveaux projets. Il fut la personnne qui connaissait le mieux Ofra, après ses parents, pour l'avoir connue dès son arrivée à ses 12 ans dans la troupe de Hatikva, il l'a épaulée, la guidait au travers de ce métier. Comme Ofra, il n'a jamais oublié ses origines modestes et il reste discret, simple, aimant. Comme chantait Ofra, Bezalel, comme elle, est doté d'une "yad anuga" (gentle hand)...